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Les artistes, les statues
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La Promenade des Platanes, un grand musée à ciel ouvert

Ce ne sont pas moins de quinze artistes et vingt oeuvres qui s’offrent au regard du promeneur, entre la place du Colonel Cayrol et le haut du boulevard Jean Bourrat. Cette importante concentration de sculptures au coeur même de la ville s’explique. Si l’on confronte la mémoire nationale, l’évolution de la statuaire, la commande officielle et l'action des municipalités successives, les cercles artistiques mais aussi l’empreinte identitaire que chaque artiste a su faire passer à travers son oeuvre, tout s'éclaire.

La Promenade permet de dresser un inventaire de la mémoire « nationale » : les trois monuments de Belloc, Violet et Gili célèbrent les guerres qui ont marqué l’histoire collective depuis la fin du XIXe s. jusqu’au mitan du XXe s. (Guerre franco-prussienne de 1870-1871, Première et Seconde Guerres mondiales). La statuaire imposée par la commande publique rend hommage aux combattants morts pour la France et fait le lit du patriotisme. Plus près de nous, toujours pour honorer le devoir de mémoire, deux stèles plus modestes dans leur représentation interpellent le promeneur et évoquent deux moments tragiques de l’histoire plus récente (la Shoah et la guerre d’Algérie). Par le symbolisme et les artifices mis en oeuvre, la sculpture monumentale restait élitiste tandis que ces stèles qui proposent une lecture immédiate délivrent un message clair et pédagogique.

Désireux d’associer la statuaire à l’art des jardins en donnant aux Perpignanais l’opportunité de côtoyer des sculptures, les édiles locaux accroissent leur prestige en contribuant à l’embellissement de la ville et à la fonction sociale de ce grand jardin public. Dans cet ordre d’idées, quatre représentations héritières d’oeuvres classiques s’inscrivent dans le sillage de scènes mythologiques et allégoriques (Les Temps futurs en 1897, La Musique en 1901, Le Printemps et Bacchus en 1905, Harmonies en 1910).

La sculpture Montanyes regalades illustre un autre volet de l’évolution des lettres et des arts au début du XXe s. : dans un contexte de normalisation linguistique amorcé en Catalogne Sud par le "Primer Congrés Internacional de la Llengua Catalana", les intellectuels roussillonnais participèrent à cet élan et voulurent, à l’occasion du Centenaire des Platanes en 1910, graver dans la pierre l’essence même de l’âme catalane en transcrivant les deux premiers vers de la chanson populaire connue de tous les Catalans.

Deux artistes, Belloc et Violet, ont su tirer parti du patrimoine minéral du Conflent en intégrant le marbre rose de Villefranche-de-Conflent souvent utilisé dans les arts somptuaires.

De nouvelles sources d’inspiration apparaissent dans l’entre-deux-guerres : des sculpteurs restituent le monde du travail, les scènes de la vie populaire se multiplient sous l’influence des idées sociales et souvent contestataires de l’ époque. Célestin Manalt, inspiré par le travail de Constantin Meunier, reflète cette tendance avec Le Méprisé (1923) et L’Enfant aux cymbales (1937). André de Chastenet s’inscrit dans cette même veine créatrice quand il réalise en 1913 la Vieille femme au fardeau, amorce d’une longue série de statuettes représentant des paysannes tourangelles ou des artisans exerçant des petits métiers.
La Montpelliéraine Raymonde Maldès nous livre un pur produit dans le sillon régional avec Le Temps passé en 1931, méditation d’une tradition séculaire révolue et le Vendangeur au repos en 1948, oeuvre puissante, véritable hommage que l’Art rend à la gloire du travail avec ce « fils de la terre » qui représente les valeurs de nos cités viticoles.

Après la guerre civile espagnole, une pépinière de talents trouve refuge en Roussillon (artistes, écrivains, musiciens) parmi lesquels Miquel Paredes i Fonollà et Pau Casals. La municipalité, consciente de cet atout, fait appel à ces créateurs et l’hommage rendu par Paredes en 1977 à Pau Casals en est une des manifestations. L’idéal de paix et de liberté, si cher au coeur de ces intellectuels, sera repris par d’autres artistes d’expression catalane.
L’oeuvre aux facettes multiples de Roger Maureso, libérée  de toute contrainte académique, nous donne, en 1982, la Femme à genoux, représentation de la femme catalane qui est comme un clin d’oeil aux femmes de Maillol. La statuaire de la Promenade efface le rapport entre maître et élève car elle confronte leurs oeuvres : Agnès Bogaërt, formée à l’École des Beaux-Arts de Perpignan nous livre une version moderne d’une sculpture-fontaine écologique.

L’ouverture vers le futur se traduit par les jalons que le maître nous a laissés sur les allées Maillol et qui, comme des sentinelles, avec L’Été sans bras et la Baigneuse drapée, nous montrent le chemin vers la modernité et l’universalisme, indissociables de la quête du Beau.

Selon l’idée originale de Nathaniel Herzberg qui a inspiré son ouvrage Le Musée invisible (Toucan, 2009), la reconstitution d’une visite inédite viendra « réveiller » des oeuvres disparues, fondues, détruites ou mutilées qui ont un jour fait partie de la statuaire de la Promenade. La statue de Rigaud réalisée par Gabriel Faraill, Les Temps futurs de Belloc et Le Temps passé de Raymonde Maldès ont été fondues suite à la réquisition des métaux pendant la Seconde Guerre mondiale ; La Musique de Sudre a été détruite en raison d’une maladie de la pierre qui menaçait l’intégrité de l’oeuvre tandis que la tête de l’Althlète assis de Marcel Chauvenet, vandalisée, n’a jamais été retrouvée.
 

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