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Les Fêtes du Centenaire
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Célébration des Fêtes du Centenaire des Platanes
ou Fêtes de Juin de Perpignan, les 4 et 5 juin 1910

Pour célébrer le centenaire de la Promenade des Platanes, la ville de Perpignan organisa une série de manifestations artistiques, littéraires et populaires qui se déroulèrent le samedi 4 juin et le dimanche 5 juin 1910, dans différents points de la ville.
Les chevilles ouvrières de ces fêtes prestigieuses furent la municipalité (en particulier, les adjoints Benoit, Pons et Chauvet), le Comité des Fêtes et des Oeuvres de Bienfaisance de la Ville de Perpignan, la Société d’Études Catalanes (SEC), la Fédération des Sociétés musicales et orphéoniques du Midi, l’Évêché de Perpignan, des délégations de félibres provençaux, languedociens et catalans, l’académie des Jeux Floraux de Toulouse, les musiciens de la Garde républicaine de Paris et leur chef Gabriel Parès, le Docteur Emili Boix, le musicien Simon Siné et le sculpteur Raymond Sudre.

Le samedi 4 juin, les festivités commencèrent à 14h00 en gare de Perpignan, avec l’accueil triomphal de la Garde républicaine de Paris. À 15h30, la municipalité offrit un vin d’honneur aux félibres provençaux, gascons et catalans. À 16h30, la distribution des prix des Jeux Floraux fut présidée par la Société d’Études Catalanes. Plus tard dans la soirée, à 20h30 eut lieu la retraite aux flambeaux aux Platanes. Un grand concert donné par les musiciens de la Garde républicaine de Paris eut lieu à la salle Saint-Dominique. Le public assista à l’exécution de la cantate Montanyes Regalades : le Docteur Boix avait écrit les paroles, les musiciens Parès et Siné avaient composé la musique. Un choeur mixte de 100 exécutants interpréta cette création.

Le dimanche 5 juin, les félibres provençaux, gascons et catalans furent reçus solennellement à la cathédrale à 8h30. L’Évêque, Monseigneur Carsalade du Pont célébra la messe, et il fut assisté par l’abbé Bonafont, curé d’Ille-sur-Têt, connu sous le pseudonyme de Lo Pastorellet de la Vall d’Arles et de M. Izarn, curé de la cathédrale.
Le temps fort de la matinée fut l’inauguration aux Platanes  du monument du sculpteur Raymond Sudre Montanyes Regalades qui donna lieu à une deuxième exécution en plein air de la cantate éponyme. À midi, les félibres se réunirent à la salle Rigaud où un banquet leur fut servi : discours, toasts et chant de la Coupo Santo. Les cérémonies reprirent à 13h00 au Square des Platanes : le  Festival fédéral des chorales fut placé sous la présidence de M. le préfet des Pyrénées-Orientales. Parmi les morceaux exécutés : Andalousie (poème de Joseph Génie - musique de Saturnin Paraire),  Marche du Vallespir ( François Cazelles), La Cité (poème de Victor Gastilleur - musique de Déodat de Séverac). Au final, le public assista à la distribution des récompenses, ainsi qu’à la remise officielle du Fanion Fédéral à la plus ancienne société de la ville, l’Orphéon de Perpignan.

Au milieu de l’après-midi, la Promenade des Platanes fut le cadre d’une grande bataille de fleurs. La Garde républicaine donna un concert en plein air et des prix furent distribués aux voitures les mieux décorées. À partir de 17h30, la fête se délocalisa sur les cinq grandes places de la ville (Arago, Castillet, Loge, Rigaud, Puig).
Le dernier temps fort de ces Fêtes de Juin fut la réception des félibres par le président de la Société d’Études Catalanes, Emmanuel Vergès de Ricaudy. Des poésies catalanes et des chants clôturèrent la soirée. Pour terminer ces manifestations par une note populaire et conviviale, le Square et les places de la ville furent le cadre d’un bal champêtre et de danses catalanes, avec le concours de la cobla de l’Empordà Antigua-Pep de Figueres. Après 10h30, l’embrasement des Platanes et du Square mit un point final aux Fêtes inoubliables du Centenaire des Platanes.

Après avoir lu le compte rendu des Fêtes du Centenaire des Platanes ou Fêtes de Juin, un observateur avisé ne pourra s’empêcher de remarquer le rôle prépondérant de la langue catalane durant les manifestations de ce week-end de juin 1910.
Les fêtes félibréennes du samedi 4 juin furent menées de main de maître par Emmanuel Vergès de Ricaudy, Président de la Société d’Études Catalanes, fondée le 6 juin 1906. Avant la remise des prix des Jeux Floraux (section poésie - section prose), de nombreuses personnalités prirent la parole en catalan : Jules Delpont, trésorier puis secrétaire de la Société d’Études Catalanes ; Monseigneur Carsalade du Pont, évêque de Perpignan ; le Dr Emili Boix, rapporteur des Jeux Floraux de la Société d’Études Catalanes. En section poésie, sur les deux premiers prix, l’un des lauréats récompensés fut Joseph Pons d’Ille pour son poème Lo cant blau. Joseph Pons, âgé alors de vingt-quatre ans, n’avait pas encore publié son premier recueil de poésies Roses i xiprers.
Joseph Payret(1) se plaisait à souligner dans L’Album Catalan(2) : « Les Fêtes du Centenaire et les Jeux Floraux de 1910 sont une des phases heureuses de l’éveil roussillonnais, en ce qui concerne les traditions et la langue du pays. »
Le concert de musique de la Garde républicaine, qui fut donné le samedi soir dans l’immense salle Saint-Dominique, connut un triomphe indescriptible. La cantate Montanyes Regalades était une création du Dr Emili Boix, poète catalan connu sous le pseudonyme de l’Ermità de Cabrenç ; il avait fondé à Paris le Cercle du Canigou et collaborait régulièrement à la Revue Catalane. Ces vers catalans furent chantés puis déclamés avec brio par Eugène Martre. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’idée de composer une cantate pour inaugurer le monument de Raymond Sudre germa à Paris, au Cercle du Canigou, et non à Perpignan. En effet, le musicien Simon Siné, le sculpteur Raymond Sudre, Gabriel Parès, qui dirigeait l’orchestre de la Garde républicaine, et Eugène Fabre, président du Comité des Fêtes de Perpignan, avaient l’occasion de se rencontrer à Paris et fréquentaient ce cercle dynamique qui proposait de nombreuses activités culturelles aux Catalans provisoirement exilés dans la capitale.
Le dimanche 5 juin au matin, les félibres provençaux, gascons et catalans furent accueillis solennellement à la cathédrale et assistèrent à la messe qui fut dite par Mgr  Carsalade du Pont : « Monseigneur l’Évêque présidera la cérémonie et célébrera la sainte messe pendant laquelle le grand orgue jouera des airs catalans, la Maîtrise et la Schola Jeanne d’Arc exécuteront des chants en langue catalane. À cette occasion la Cathédrale recevra son ornementation extérieure et intérieure des grands jours de fête... À l’arrivée dans le sanctuaire, souhaits de bienvenue, adressés en catalan par M. l’Archiprêtre de la Cathédrale. Au commencement de la messe, chants des Goigs de Nostra Senyora del Canigó par la Maîtrise et la Schola. À l’Évangile, allocution en catalan par M. l’abbé Bonafont, curé d’Ille-sur-Têt (Lo Pastorellet de la Vall d’Arles). À l’Offertoire, chant du Noël catalan : Pastorells, Pastorellas. À l’élévation, mélodie par la Cobla des Jutglars. Après la communion,  chant des Goigs dels Ous. Après la messe, discours en catalan par Monseigneur, et mélodie par la Cobla des Jutglars(3)».
Pendant les fêtes de la Santo-Estelo à Perpignan, d’éminentes personnalités sud-catalanes avaient été invitées car des liens privilégiés existaient entre les intellectuels du Midi de la France et du territoire catalan, dans le domaine des lettres et des arts : Francesch Matheu, mainteneur des Jeux Floraux de Barcelone ; Frances Badenes, président de la section littéraire de Rat-Penat de València ; Arthur Perez, historien et secrétaire de la municipalité d’Eivissa ; le poète Teodor Llorente de València ; le poète Mossen Miquel Costa, chanoine de Palma de Mallorca.
Parmi les sociétés instrumentales et chorales qui prirent part au grand festival qui eut lieu au Square des Platanes le dimanche 5 juin, il faut citer la prestation très remarquée des Cantayres Catalans. Cette société chorale avait été fondée en 1808 à Céret. Elle fut recrutée parmi les membres de l’ancien orphéon de Céret qui avait acquis une certaine notoriété dans le Midi de la France. Elle chantait en catalan les vieilles mélodies roussillonnaises et les chanteurs se produisaient en costume. Sa participation à l’Exposition Universelle de 1900 à Paris fut très remarquée par la presse parisienne.

Pour dresser un bilan de ces deux journées de fête, il suffit de relire les comptes rendus enthousiastes publiés dans les journaux et les revues de l’époque : L’Indépendant, Le Cri Catalan, la Veu del Canigó, L’Album Catalan, La Revue Catalane, le Bulletin de la la SASL (Société Agricole Scientifique et Littéraire) des Pyrénées-Orientales, La Semaine Religieuse de Perpignan, etc... Ainsi, dans L’Indépendant du 6 juin 1910, on pouvait lire : « ... Aussi dès 6 heures du matin, l’animation était-elle grande en ville. Des visiteurs arrivaient de tous côtés par les trains, par les voitures, en automobiles. L’avenue de la gare était noire de monde. À partir de 7 heures du matin, il était impossible de circuler sur la Loge. Les cafés étaient bondés. Les restaurants étaient sur les dents. Impossible de trouver en ville une seule chambre disponible... » Les Fêtes Catalanes organisées pour célébrer le centenaire de la Promenade des Platanes avaient attiré au centre ville un nombre considérable de visiteurs. La série de cartes postales éditées à l’occasion des fêtes des 4 et 5 juin 1910 montrent l’arrivée de centaines de félibres en gare de Perpignan, la foule des fidèles qui se pressent sur le parvis de la cathédrale ou encore une procession interminable de touristes endimanchés et de badauds dans la rue Louis Blanc et la rue de la Loge. Un seul chiffre peut nous donner l’ampleur et le succès de ces journées : le samedi 4 juin en soirée, le concert donné par la Garde républicaine en l’église Saint-Dominique avait attiré 2 000 auditeurs.

Rien n’avait été laissé au hasard par les organisateurs : toute une logistique avait été mise en place pour assurer le succès de la célébration des Fêtes du Centenaire. En effet, le Comité des Fêtes de Perpignan avait demandé aux autorités militaires de faire avancer de quelques jours la période d’appel du 253e de réserve. La réponse du Général Marion fut favorable : « ... Les militaires de la région de Perpignan [XVIe corps] pourront donc adresser en temps voulu les demandes de permission à leurs colonels qui les accueilliront dans la plus large mesure du possible... »

D’autre part, pour inciter les touristes à venir passer le week-end à Perpignan, Eugène Fabre, président du Comité des Fêtes, et Joseph Charpentier fils, vice-président, s’étaient rendus à Paris pour mettre en place un service de « trains de plaisir » ou trains du retour. « La Compagnie du Midi a, en effet, promis à ces messieurs d’organiser des trains de plaisir de retour par Béziers, Prades, Arles-sur-Tech, Cerbère et Quillan. Ces trains quitteraient Perpignan entre 11 heures et minuit. En outre, M.M. Fabre et Charpentier, de concert avec les personnalités roussillonnaises habitant Paris, ont fait une démarche auprès de la Compagnie d’Orléans pour obtenir une réduction de 50 % sur le parcours Paris-Toulouse(4)».

En 2010, nous avons parcouru les allées de la Promenade pour essayer de retrouver les traces des Fêtes du Centenaire des Platanes, nous avons dépouillé les revues de l’époque et consulté les archives pour essayer d’expliquer ce temps fort de la vie perpignanaise.

« Post Festum : Épilogue
Les Fêtes du Centenaire de notre célèbre promenade perpignanaise laisseront un inoubliable souvenir à tous ceux qui y ont pris part, soit comme acteurs, soit comme simples spectateurs. Elles ont présenté, en effet, un caractère qui, par sa diversité, sut, non seulement charmer, mais émouvoir l’âme méridionale, toujours prête à vibrer devant une manifestation à la fois artistique et patriotique... Maintenant, les harmonies se sont tues ; les poètes ont suspendu leur luth aux saules de la rive ; nos platanes séculaires, après avoir rayonné dans des splendeurs d’éblouissante apothéose, ont repris leur aspect mystérieux et sombre, sous le clignotement des étoiles, durant les chaudes nuits d’été.
Et nous qui avons vécu ces mémorables journées, qui, perdu au milieu de la foule, avons vu et entendu toutes ces belles choses, nous avons éprouvé le sentiment dont peut, le plus légitimement, s’enorgueillir notre fierté de montagnard, car le héros de la fête, celui que l’on a célébré, avant tout et surtout, qui a inspiré tous les artistes, fait tressaillir tous les coeurs, obsédé tous les esprits, c’est  notre Canigou. »

Charles Romeu(5)

 

 

(1) Joseph Payret fut directeur du Journal commercial, maritime, artistique, littéraire, illustré des Pyrénées-Orientales (1896 - 1905), l’un des premiers périodiques régionalistes publié en Roussillon.
(2) L’Album Catalan : programme officiel des fêtes du 4 et du 5 juin 1910, 1, 1910.
(3) La Semaine Religieuse de Perpignan, 23, 4 juin 1910.
(4) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 19 mai 1910.
(5) Club Alpin Français : bulletin trimestriel de la Section du Canigou, t. 2, 1909-1910, 14, 30 juin 1910.

 

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